Les académies nationales des sciences européennes appellent à une action urgente en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle


Des scientifiques d'académies nationales à travers toute l'Europe appellent à une action urgente sur l'alimentation et la nutrition dans un nouveau rapport rigoureux et indépendant publié par le Conseil scientifique des académies des sciences européennes (EASAC).

Cette analyse approfondie a des implications pour les décideurs politiques travaillant sur l'alimentation, la nutrition, la santé, l'environnement, le changement climatique et l'agriculture


Combattre la malnutrition sous toutes ses formes (la sousnutrition et les carences en micronutriments ainsi que le surpoids et l'obésité) est un problème auquel doivent faire faces tous les pays.

La recherche et l'innovation seront centrales pour trouver des solutions à ces défis interconnectés locaux-globaux et pluridisciplinaires. Les preuves doivent étayer les politiques qui fourniront une approche future de l'Europe à ces problèmes.

Le rapport recommande d'être plus ambitieux en identifiant et en utilisant des opportunités scientifiques: comment la base actuelle peut façonner la compréhension des défis de l'offre et de la demande, et comment les programmes de recherche devraient être définis, y compris la recherche fondamentale, pour combler les lacunes dans les connaissances.

Le changement climatique aura des impacts négatifs sur le système alimentaire, ce qui va nécessiter l'introduction d'une agriculture climato-intelligente telle que l'adoption d'innovations phytogénétiques pour faire face à la sécheresse.

L'agriculture et le régime alimentaire actuel contribuent de manière substantielle au changement climatique.


Atténuer cette contribution dépend de systèmes alimentaires climato-intelligents tels que la préservation des terres (land sparing) et des pratiques de gestion agronomique, ainsi que des efforts pour influencer les comportements des consommateurs. En effet, ces derniers contribuent aux émissions associées à des émissions de gaz à effet de serre agricoles excessives, dont la surconsommation de calories et de viande.

L'évolution de la consommation alimentaire pourrait apporter des avantages mutuels à la santé et au changement climatique.

Voici les principales conclusions du groupe de scientifiques:


La consommation alimentaire doit changer pour améliorer la santé du consommateur:
  • Pour la santé humaine et l'environnement, les modèles de consommation alimentaire doivent changer. Il est important d'explorer la responsabilité individuelle envers la nutrition et ses liens avec la santé; il est important aussi d'examiner les besoins particuliers des groupes vulnérables.
  • Dans le cadre des changements dans les habitudes de consommation alimentaire, une diminution de consommation des protéines animales sera bénéfique pour la santé et l'environnement.
  • Les auteurs appellent les décideurs politiques à lutter contre les incitations perverses en matière de prix pour consommer des régimes hypercaloriques et à introduire de nouvelles incitations pour une nutrition abordable.
  • Plus de clarté est nécessaire sur la façon de mesurer la durabilité liée à la consommation des régimes alimentaires sains.
  • Les sources de contamination alimentaire doivent être ciblées et abordées afin de réduire les problèmes de sécurité alimentaire.
  • Les pays européens doivent s'engager à recueillir des données plus fiables sur l'ampleur des déchets dans les systèmes alimentaires et sur l'efficacité des interventions visant à réduire les déchets aux niveaux local et régional. De nouvelles approches pour le traitement des aliments et la réduction des déchets seront essentielles pour atteindre les objectifs de la politique de l'économie circulaire et de la bioéconomie

L'agriculture a des impacts significatifs sur la santé humaine et l'environnement:
  • Les auteurs appellent à une refonte de la PAC (Politique Agricole Commune) pour se concentrer sur le financement de l'innovation plutôt que sur les seules subventions aux agriculteurs. L'Europe doit trouver des moyens novateurs de soutenir l'agriculture et de remplir ses responsabilités internationales. Les sciences agricoles jouent un rôle clé dans la compétitivité européenne et pour une bioéconomie durable, et les auteurs préconisent un rééquilibrage des engagements.
  • L'Europe est dépendante des importations d'aliments et de nourriture pour animaux pour alimenter ses besoins. Cette dépendance la rend vulnérable aux problèmes commerciaux et aux fluctuations du marché. Cela augmente également l'empreinte de l'Europe dans de nombreux pays en développement qui sont les plus touchés par le changement climatique et la dégradation de l'environnement. Il y a beaucoup à faire pour comprendre les déterminants de la volatilité des marchés et du commerce équitable, et pour accroître la résilience.
  • Le rôle du secteur de l'élevage dans l'atténuation des gaz à effet de serre est un problème majeur. Les changements apportés aux pratiques de gestion du bétail (par exemple l'intensification durable de la production) pourraient contribuer à l'atténuation des gaz à effet de serre. Des ajustements plus importants peuvent nécessiter une modification de la demande pour les produits de l'élevage.
  • Les alternatives aux formes traditionnelles de protéines animales que l'Europe pourrait envisager comprennent: la nourriture provenant des océans, de la viande de laboratoire, et des insectes. Des recherches sont nécessaires sur la façon d'accroître l'acceptation par les consommateurs des aliments et des régimes alimentaires novateurs. Il existe d'importantes possibilités d'augmenter la nourriture des océans en améliorant la base de connaissances pour une récolte durable, y compris aux niveaux trophiques inférieurs.
  • La viande cultivée in vitro peut avoir un impact environnemental moindre que le bétail et ce potentiel doit également être examiné dans le cadre du programme de recherche.
  • De plus grands efforts sont nécessaires pour comprendre les fonctions du sol dans la séquestration du carbone et dans la biodiversité, et pour la bioéconomie.

    L'Europe ne doit pas perdre de vue les opportunités offertes par l'édition du génome, l'agriculture de précision et l'utilisation de grands ensembles de données:

    • Des avancées dans l'édition du génome et d'autres recherches génétiques seront cruciales pour l'avenir de l'alimentation et de l'agriculture en Europe. Les auteurs appellent les décideurs politiques européens à capitaliser sur les avancées scientifiques en génomique pour la santé et la productivité animales, et pour les cultures.
    • Pour les plantes comme pour les animaux, il est important de protéger et de caractériser les réservoir génétiques sauvages et de poursuivre le séquençage et l'évaluation fonctionnelle pour dévoiler le potentiel des ressources génétiques.
    • L'agriculture de précision offre de nombreuses possibilités pour améliorer la productivité tout en réduisant l'impact sur l'environnement. Les grands ensembles de données sont un outil essentiel pour soutenir l'innovation dans l'ensemble du système alimentaire et pour se préparer face aux risques et incertitudes.

    Toutes les recommandations des scientifiques sous-tendent un appel clair à l'intégration de la recherche et de l'innovation dans tous ces sujets, où de nombreuses questions sont abordées d'un point de vue scientifique.
    Une approche fondée sur des données probantes sur les systèmes alimentaires qui intègrent toutes ces questions est recommandée. L'Europe doit capitaliser sur les opportunités de co-concevoir la recherche entre les disciplines afin de mieux comprendre le lien nourriture-eau-autres services écosystémiques et d'informer au mieux la coordination des instruments de politique pertinents, dont la Politique Agricole Commune, la Directive-cadre sur l'eau et la Directive Habitats.


    Les efforts visant à accroître l'efficacité des systèmes alimentaires ne devraient pas se concentrer sur l'augmentation de la productivité agricole en ignorant les coûts environnementaux.
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