La solution pour la sécurité alimentaire passe par les plantes

Voici la traduction d'un article de Barbara Unmuessig, Présidente de la Fondation Heinrich Böll.

"La façon dont nous mangeons dans le monde industrialisé est mauvaise pour la santé, injuste et non durable. Bien trop de viande que nous consommons est produite dans des conditions écologiques, éthiques et sociales douteuses.
Et aujourd'hui, notre modèle industriel de production de viande est exporté vers les pays émergents, plus spécialement en Inde et en Chine, où la consommation de viande est en hausse dans ces pays aux classes moyennes en plein essor.

Dans le monde, 300 millions de tonnes de viande sont produites chaque année, et l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime que le volume annuel atteindra 455 millions de tonnes d'ici 2050 si la demande continue de s'accroitre ainsi. De telles quantités de viandes ne peuvent être produites qu'à l'échelle industrielle avec des coûts sociaux, politique et écologiques élevés.

La solution à la faim passe par les plantes
Pizza végétarienne. Passer d'un régime à base de viande à un régime à base de plantes rendrait la tâche de nourrir le monde et les futures populations plus soutenable. Image: Sharada Prasad CS, CC BY 2.0

La production de viande entraine une utilisation extrêmement inefficace des terres agricoles, car cela demande beaucoup plus d'aliments à base de plantes pour nourrir le bétail que nous n'aurions besoin si nous nous nourrissions directement à partir d'un régime végétal. Par exemple, pour produite un kilogramme de viande de poulet, de porc ou de bœuf, cela demande respectivement 1.6, 3 et 8 kilogrammes d'alimentation animale.

Cela oppose les agriculteurs et les producteurs d'aliments pour animaux à une concurrence féroce pour la terre disponible.

Pendant ce temps, la production de soja, la plus importante céréale fourragère au monde, est passée de 130 millions de tonnes en 1996 à 270 millions de tonnes en 2015, dont 80% de la production est destinée à la production de viande, plus spécifiquement en Chine (70 millions de tonnes) et en Europe (31 millions de tonnes).
Cette expansion de la culture du soja, résultat de l'augmentation de la demande de viande, augmente les valeurs foncières.

En conséquences, dans les pays émergeants, les terres communes sont privatisées, les forêts tropicales sont détruites pour faire place à la culture agricole, et les agro-industries internationales exproprient les terres sur lesquelles un tiers de la population mondiale compte encore pour survivre.

La production d'alimentation animale, et la culture intensive des terres agricoles dont elle a besoin, ne font pas que détruire les écosystèmes et réduire la biodiversité; cela contribue également au changement climatique. Dans le monde, notre système d'agriculture industrielle produit environ 14% des émissions de gaz à effet de serre. Si l'on compte les émissions indirectes liées à la déforestation, et celles associées à la production des fertilisants, on arrive à 24%.

De plus, l'utilisation extensive des fertilisants et pesticides (99% du soja mondial est génétiquement modifié et est systématiquement traité avec des pesticides) contamine les sources souterraines, détruisant la biodiversité et érodant les sols.

Nous ne pouvons ignorer plus longtemps les coûts externes de ce système. Si nous sommes sérieux sur le changement climatique et sur le fait d'assurer le droit de chaque être humain à une alimentation saine et à la sécurité alimentaire, nous devons contester la présomption que le modèle agricole industriel est nécessaire pour nourrir le monde. En fait, cette présomption a peu de mérite.

Le programme des Nations Unies pour l'environnement estime que, d'ici 2050, une région grande comme le brésil et l'Inde devra être réutilisée en terre cultivables si les tendances actuelles de consommation alimentaire continuent.

Mais, si les 9.6 milliards d'être humains qui doivent habiter la planète d'ici là avaient un régime végétal, la production industrielle de viande pourrait être abandonnée et tout le monde pourrait être nourris sans avoir besoin de terres agricoles supplémentaires.

Pour beaucoup de gens, la compétition pour la terre est une lutte pour la survie. L'accès à la terre, qui est réparti plus inégalement que les revenus, est un facteur décisif pour déterminer si une personne souffre de malnutrition: 20% des ménages qui connaissent la faim ne possèdent pas de terre et 50% des gens qui connaissent la faim sont des petits agriculteurs.

Les chaînes des systèmes de production industrielle agricole doivent être remplacées par des chaînes de production locales, décentralisées et durables. Il incombe aux gouvernements de donner la priorité au droit des gens à l'alimentation et à la nutrition au-dessus des intérêts économiques privés.
Les gens ne devraient pas perdre leurs moyens de subsistance et leur sécurité alimentaire pour le bénéfice des profits de l'agroalimentaire.

Pour aller vers un modèle agricole socialement équitable et écologiquement durable, nous pouvons tirer parti des cadres politiques existants, telle que la Politique Agricole Commune de l'Union Européenne.

Actuellement, les grands producteurs de viande industrielle profitent largement des subventions de l'UE; or ces subventions pourraient être transformées en investissement dans des filières de production de viande et de céréales décentralisées qui adhèrent à un modèle plus durable. Pour ce faire, il faut reconnaître qu'il existe des alternatives réalistes à l'agriculture industrielle. Par exemple, l'agroécologie s'adapte facilement à toutes les circonstances géographiques.

En fait, en 2006, Jules Pretty, de l'Université d'Essex, a trouvé que ce mode de production peut augmenter les rendements jusqu'à 79%. Mais, pour mettre en œuvre ce changement, les gouvernements doivent veiller à ce que tout le monde ait un accès garantie à la terre et à l'eau potable; et ils doivent créer des cadres politiques pour promouvoir les modèles agricoles socialement et écologiquement justes, ce qui par définition exclu l'agriculture industrielle.

Le défi de nourrir chaque être humain ne doit pas être perçu en opposition avec les questions de justice sociale et l'avenir de la planète.

La pauvreté, la malnutrition et la faim sont les résultats de la politique, non de la pénurie."


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