lundi 22 mai 2017

Sécurité alimentaire: des solutions anciennes aux problèmes actuels

Des archéologues de l'Université d'Etat de Washington (WSU ) sont à la tête de nouvelles recherches utilisant une technologie informatique sophistiquée pour apprendre comment les sociétés anciennes réagissaient au changement climatique.

Leur travail, qui lie des anciennes données climatiques et archéologiques, pourrait aider les communautés modernes à identifier de nouvelles cultures et des stratégies d'adaptation lorsqu'elles sont menacées par la sécheresse, les conditions météorologiques extrêmes et d'autres problèmes environnementaux.

Sécurité alimentaire: des solutions anciennes aux problèmes actuels
Des scientifiques de WSU utilisent les données de sites archéologiques comme le site  Pueblo Bonito vieux de 1200 ans, Chaco Canyon, afin d'étudier comment les anciennes populations se sont adaptées au changement climatique dans le sud-ouest de l'Amérique. Photo: Nate Crabtree

Dans un article publié dans Proceedings of the National Academy of Sciences, Jade d'Alpoim Guedes, professeur d'anthropologie assistante, et ses collègues de l'université Stefani Crabtree, Kyle Bocinsky et Tim Kohler, ont examiné la façon don les progrès récents dans la modélisation informatique sont en train de refondre le domaine de l'archéologie.

"Pour chaque catastrophe environnementale à laquelle on peu penser, il y avait très probablement une société humaine dans l'histoire qui a dû faire avec" dit kohler, professeur émérite d'anthropologie à l'Université d'Etat de Washington, "la modélisation informatique nous donne une capacité sans précédent d'identifier ce qui a fonctionné pour ces populations et ce qui n'a pas marché".


Leader dans la modélisation à base d'agents


Kohler est un pionnier dans le champ de l'archéologie basée sur des modèles. Il a développé des simulations informatiques sophistiquées., appelées simulation à base d'agents, sur l'interaction entre les peuples ancestraux dans le sud-ouest de l'Amérique et leur environnement.

Il a lancé le Projet Village Ecodynamics en 2001, afin de simuler comment des familles indiennes Pueblo virtuelles, vivant dans des paysages géographiquement précis et générés par ordinateur, réagissaient aux changements de variables spécifiques telles que les précipitations, la taille de la population et l'épuisement des ressources.

En comparant les résultats des modèles à base d'agents avec les preuves archéologiques réelles, les anthropologues peuvent identifier les conditions passées et les circonstances qui ont conduit différentes civilisations autour du monde vers des périodes de croissance et de déclin.


Le «jeu vidéo» amène à une conclusion logique


La modélisation à base d'agents est aussi utilisée pour explorer l'impact que peuvent avoir les hommes sur leur environnement au cours des périodes de changement climatique.

Une étude mentionnée dans la revue de WSU démontre comment la sécheresse, la chasse et la compétition à l'habitat dans les populations en expansion en Egypte ont conduit à l'extinction de nombreux grands mammifères aux alentours de 3000 avant JC.

En outre, d'Alpoim Guedes et Bocinsky ont étudié comment les schémas d'implantation au Tibet  ont affecté l'érosion. "La modélisation à base d'agents est comme un jeu vidéo dans le sens où l'on rentre certains paramètres et règles dans la simulation et ensuite on laisse les agents virtuels jouer jusqu'à la conclusion logique" explique Crabtree, "Cela nous permet non seulement de prédire l'efficacité de la croissance de différentes cultures et d'autres adaptations, mais aussi de voir comment les sociétés humaines peuvent évoluer et impacter leur environnement".


La modélisation des cultures tolérantes aux maladies et à la sécheresse


La distribution des espèces ou modélisation des cultures de niche est une autre technique avancée que le archéologues utilisent pour prédire où les plantes et d'autres organismes ont bien poussé par le passé et où ils pourraient être utiles à nouveau aujourd'hui.

Bocinsky et d'Alpoim Guedes ont utilisé la technique de modélisation pour identifier des plantes, peu utilisées, voire dans certains cas complètement oubliées, qui pourraient être utiles dans des régions où les conditions météorologiques plus chaudes, la sécheresse et les maladies affectent l'approvisionnement alimentaire.

L'une des plantes qu'ils ont identifiée est  une variété de maïs tolérante à la sécheresse que les indiens Hopi d'Arizona avaient adapté au cours des siècles pour pousser sur des sols pauvres. "Nos modèles montrent que le maïs Hopi pourrait bien pousser sur les hauts plateaux éthiopiens, où l'un de leurs aliments de base, la banane éthiopienne, a été touché par des ravageurs émergents, des maladies et des pics de chaleur intense" rapporte Bocinsky, "cultiver le maïs Hopi et d'autres plantes traditionnelles résistantes à la sécheresse peut devenir crucial pour la survie humaine dans d'autres endroits touchés par le changement climatique".


Millet est retourné au Tibet


Les chercheurs de l'Université d'Etat de Washington ont aussi modéliser des cultures de niche pour identifier une source de nourriture viable alternative sur le plateau tibétain. La hausse rapide des températures rend difficile pour les habitants de la région de faire pousser des plantes habituées au froid et permettre d'élever des yacks, une forme de subsistance de base.

Dans un article publié en 2015, d'Alpoim Guedes et Bocinsky ont découvert que le vulpin et le millet commun qui ont cessé d'être cultivé sur le plateau il y a 4 000 ans alors que le climat devenait plus froid, pourraient bientôt être cultivés à nouveau alors que le climat se réchauffe. "Ces millets sont sur le point de devenir des plantes oubliées" ajoute d'Alpoim Guedes, "mais en raison de leur tolérance à la chaleur, de leur haute valeur nutritive et du faible niveau de précipitation requis, ils peuvent redevenir des ressources utiles"


L'avenir d'une gestion informée.


Avec des centaines d'années de données anthropologiques provenant de sites tout autour du monde qui restent encore à numériser, les scientifiques commencent tout juste à exploiter le potentiel de numérisation en archéologie. "Le domaine est au milieu d'une renaissance qui doit conduire vers d'autres approches informatiques," dit Kohler, "Notre espoir est que le fait de combiner le travail de terrain de l'archéologie traditionnelle avec les techniques de modélisation axées sur les données nous aidera à mieux gérer nos chiffres, nos interactions écosystémiques et éviter les erreurs passées concernant les changements climatiques."


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lundi 8 mai 2017

Les hommes ont-ils créé le désert du Sahara ?

Une nouvelle étude se penchant sur la transition d'une végétation luxuriante au Sahara, il y a 10000 ans, vers les conditions arides actuelles, suggère que l'homme a pu jouer un rôle actif dans la désertification.

La désertification du Sahara a longtemps été un point central pour les scientifiques essayant de comprendre le climat et les points de basculement écologiques.

Ce nouvel article paru dans Frontiers in Earth Science, dont l'auteur est l'archéologue Dr David Wright, de l'Université Nationale de Séoul, remet en cause les conclusions de la plupart des études faites à ce jour et qui indiquent que les changements dans l'orbite terrestre ou les changements naturels de la végétation sont les principaux moteurs.

"En Asie de l'Est, il y existe de longues théories établies sur la façon dont les populations néolithiques ont modifié le paysage si profondément que les moussons ont cessé d'y pénétrer jusqu'à aujourd'hui" explique Wright, écrivant également dans son article que des preuves de changements écologiques et climatiques engendrés par l'homme ont été documentées en Europe, en Amérique du Nord et en Nouvelle-Zélande.

Wright estime qu'un scénario similaire peut aussi s'appliquer au Sahara. Pour tester cette hypothèse, il a examiné les preuves archéologiques documentant les premières apparitions du pastoralisme dans la région saharienne, et les a comparées avec les données montrant la propagation de la végétation de broussaille, un indicateur de changement écologique vers des conditions désertiques.

Les découvertes ont confirmé ses pensées: il y a environ 8000 ans dans les régions entourant la rivière du Nil, les communautés pastorales ont commencé à apparaître et à s'étendre vers l'ouest, dans chaque cas, cela correspondait avec une augmentation de la végétation de broussaille.

 Les hommes ont-ils créé le désert du Sahara ?

La dépendance agricole croissante a eu un effet sévère sur l'écologie de la région. Plus la végétation disparaissait en raison de l'introduction du bétail, plus cela augmentait l'albédo (la quantité de lumière du soleil que reflète la surface de la Terre) des terres, ce qui en retour influençait  les conditions atmosphériques suffisamment pour réduire les précipitation de la mousson. L'affaiblissement des moussons a provoqué une désertification supplémentaire et une perte de végétation, favorisant une boucle de rétroaction qui s'est finalement répandue sur l'intégralité du Sahara moderne.

Il reste cependant beaucoup à faire pour combler les lacunes, mais Wright pense qu'une mine d'informations se cache sous la surface: "Il y avait des lacs partout dans le Sahara à cette époque, et ils contiennent les informations sur le changement de végétation. Nous devons explorer ces anciens lits de lacs pour obtenir les données sur la végétation, se pencher sur l'archéologie, et voir ce que faisaient les populations en ces endroits. C'est très difficile de modéliser l'effet de la végétation sur les systèmes climatiques. C'est notre travail, en tant qu'archéologues et écologistes, d'aller chercher les données, pour aider à créer des modèles plus complets"
 
Bien que cela ait eu lieu il y a plusieurs milliers d'années, les implications de l'homme dans la dégradation environnementale et climatique sont faciles à voir. Avec environ 15% de la population mondiale vivant dans des régions désertiques, Wright souligne l'importance de ses découvertes: "les implications sur la façon dont nous avons changé les systèmes écologiques ont un impact direct sur la question de savoir si les hommes pourront survivre indéfiniment dans des environnements arides".


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mardi 2 mai 2017

Comment on jardinait il y a 3800 ans en Colombie Britannique

Des archéologues ont découvert que les Premières Nations, le long de la côte ouest du Canada, entretenaient des jardins humides il y a près de 3800 ans.

Un projet de fouilles mené par une entreprise archéologique appartenant à la Première Nation Katzie, dans les basses terres continentales de Colombie Britannique, a mis au jour des preuves selon lesquelles les ancêtres des Premières Nations ont agi sur l'environnement des zones humides pour augmenter les rendements agricoles.

Ils cultivaient le wapato, un tubercule semi-aquatique qui fournissait une importante source d'amidon pendant les mois d'hiver.

Comment on jardinait il y a 3800 ans en Colombie Britannique
 (A) Échantillon de bâtonnets conservés de bâche de bois. (B) Anciens tubercules wapato (préconservation) trouvés dans les dépôts de la zone jardin DhRp-52.

L'information, publiée dans Sciences Advances (Engineered feature used to enhance gardening at a 3800-year-old site on the Pacific Northwest Coast) , rapporte que les archéologues ont trouvé une plate-forme de pierres plates étroitement imbriquées qui devaient reposer à quelques mètres sous l'eau empêchant les tubercules de se développer vers le bas.

Debbie Miller, de l'équipe archéologique, estime que le site est aussi important pour le peuple Katzie que n'importe quelle autre merveille du monde, des pyramides égyptiennes au Machu Picchu. Elle ajoute que le projet a été l'occasion pour de nombreux jeunes membres de la communauté Katzie de se connecter à leurs ancêtres. Mais elle précise aussi que ces découvertes laissent aussi un arrière goût amer car le site a depuis été pavé pour en faire une voie publique.


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jeudi 6 avril 2017

Centre pour l'Agroécologie, l'Eau et la Résilience - CAWR

Centre pour l'Agroécologie, l'Eau et la Résilience - CAWR

Le Centre pour l'Agroécologie, l'Eau et la Résilience (Centre for Agroecology, Water and Resilience / CAWR), de l'Université de Coventry) conduit une recherche innovante et transdisciplinaire sur la compréhension et le développement de la nourriture résiliente et des systèmes liés à l'eau au niveau international.

La sécurité alimentaire et l'eau sont de plus en plus menacés par des facteurs tels que le changement climatique et environnemental, la perte de biodiversité, les conflits et la volatilité des marchés.

De nouvelles connaissances, politiques et technologies sont nécessaires pour développer des systèmes qui sont plus résilients au changement et qui assurent la "santé" de nos approvisionnements en eau et en nourriture.

Des systèmes résilients sont plus à même de rebondir sur les stress causés par des changements à plus long terme ou des événements à court terme; qu'il s'agisse de processus naturels tels que les inondations, ou des impacts humains comme des guerres ou des pollutions accidentelles de l'eau.

En mettant l'accent sur les aliments et l'eau, les recherches du centre développent et intègrent de nouvelles connaissance dans les processus sociaux, agroécologiques, hydrologiques et environnementaux. Elles pointent aussi le rôle central que jouent les communautés dans le développement de la résilience.

Fait unique à ce centre, est l'incorporation des connaissances générées par les citoyens: la participation des agriculteurs, des utilisateurs de l'eau, et d'autres citoyens dans une recherche transdisciplinaire. Des approches holistiques qui traversent de nombreuses frontières disciplinaires sont utilisées.

Le CAWR vise également à promouvoir la science de la résilience grâce à un travail créatif sur une nouvelle génération de questions clés liées à la gouvernance des systèmes alimentaires, des changements hydrologiques, de l'eau urbaine, des processus fluviaux, de la qualité de l'eau et des polluants émergents.

Le centre entreprend des recherches dans les domaines suivants:
  • Alimentation résiliente et systèmes liés à l'eau en pratique
  • Processus et résilience fondamentaux 
  • L'auto-organisation de la communauté pour la résilience
  • Politiques et institutions pour permettre des systèmes alimentaires et liés à l'eau résilients

Site: 

lundi 27 mars 2017

Les alternatives agroécologiques mises en avant en Afrique de l'Ouest

Depuis plus d'une décennie, le développement agricole est à l'ordre du jour dans de nombreux pays africains.

Alors que l'agriculture industrielle et les approches de la "révolution verte" ne promettent des augmentations de la productivité qu'à court terme, elles doivent encore fournir une réponse convaincante quant à savoir comme ces pays peuvent se nourrir eux-même aujourd'hui et dans l'avenir: réduire leur dépendance aux aliments importés et aux intrants agricoles, s'adapter au changement climatique, soutenir les ressources de base et fournir des régimes alimentaires nutritifs pour tout le monde.


Au cours de l'année 2017, le Panel International d'Experts sur les Systèmes Alimentaires Durables (IPES-Food) soutiendra et stimulera une réflexion ouverte sur l'avenir du développement agricole en Afrique de l'Ouest. (PDF: METTRE EN LUMIÈRE DES ALTERNATIVES  AGROÉCOLOGIQUES Un  processus collaboratif de  réflexion et d’engagement  en  Afrique de l’Ouest)

Se félicitant du démarrage du projet, Olivia Yambi co-présidente de l'IPES-Food, a déclaré que "les choix que nous faisons aujourd'hui verrouilleront les voix de développement futures. Il est essentiel que nous nous demandions si les recettes actuellement sur la table sont réellement la clé pour construire des systèmes alimentaires durables en Afrique."

S'appuyant sur le rapport du groupe de 2016, de l'Uniformité à la Diversité: Changer de paradigme pour passer de l’agriculture  industrielle à des systèmes agroécologiques diversifiés (PDF),  l'IPES-Food travaillera avec des partenaires locaux pour explorer comment l'agroécologie est comprise et appliquée dans le contexte ouest africain, et à quels obstacles elle doit faire face.

Emile Frison, auteur principal du rapport de l'IPES-Food 2016, ajoute que: "les alternatives agroécologiques se développent rapidement en Afrique de l'Ouest, et montrent de grands potentiels pour fournir une stratégie de sortie de l'agriculture industrielle. Cependant, ces alternatives doivent encore recevoir l'attention qu'elles méritent"

Les objectifs clés du projet sont de consolider les connaissances de base sur les alternatives agricoles, appuyer les efforts visant à apporter ces solutions de rechange à la lumière, et de tracer la route pour un véritable débat où les différentes visions de l'agro-développement peuvent se confronter, et où une voie à suivre peut être définie collectivement.


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mercredi 15 mars 2017

Le changement climatique à venir affectera les plantes et les sols différemment

Une nouvelle étude européenne a découvert que la libération du carbone dans le sol est plus sensible au changement climatique que le carbone absorbé par les plantes.

Dans les régions plus sèches, la libération du carbone des sols diminue mais dans les régions plus humides il augmente. Cela pourrait se traduire par une rétroaction positive dans l'atmosphère conduisant à une augmentation supplémentaire des niveaux de CO2 atmosphérique.

Le changement climatique à venir affectera les plantes et les sols différemment
Les données proviennent de l'expérience de manipulation du changement climatique du CEH, en cours depuis 18 ans dans la forêt de Cloceanog. Photo: Rachel Harvey

Les scientifiques ont analysé les données de sept expériences de changement climatique en Europe afin de montrer comment la biomasse végétale arbustive européenne et la libération du carbone sont affectées pas les sécheresses estivales et le réchauffement annuel.

L'étude a été conduite pas le Dr Sabine Reinsch et le Professeur Bridget Emmett, du Centre pour l'Ecologie et l'Hydrologie (CEH) basé au Royaume-Uni, en collaboration avec des climatologues européens et américains.

Les auteurs ont montré que la libération du carbone du sol était plus sensible au changement dans les sols humides. L'eau du sol joue un rôle important dans les sols humides, L'engorgement en eau limite les processus de décomposition par le biote du sol, ce qui entraîne une accumulation de carbone dans le sol comme de la tourbe. L'assèchement du sol enlève ces limitations ce qui libère le carbone.

Par contraste, dans les sols plus secs, la réduction des précipitations réduit l'eau du sol en dessous de l'optimum pour le biote du sol, ce qui engendre une diminution de la libération du carbone du sol.

La plus grande partie du carbone terrestre est stocké dans les sols. Les stocks sont estimés à environ 2000 gigatonnes (1 gigatonne = 1 000 000 000 000 kg) de carbone.

Les chercheurs ont montré que la sécheresse augmente et diminue le carbone du sol de façon plus prévisible que le réchauffement.

Les données proviennent de l'expérience de manipulation du changement climatique du CEH, en cours depuis 18 ans dans la forêt de Cloceanog, un site humide gallois situé sur des hauteurs avec une couche de tourbe résultant d'un engorgement saisonnier. Sur le terrain, l'augmentation de la température et de la sécheresse ont été imposés sur la végétation pour étudier les effets du changement climatique sur divers processus écosystémiques.

Le Dr Sabine Reinsch, auteure principale de l'étude et écologiste du sol au Centre pour l'Ecologie et l'Hydrologie précise que "Cette étude trans-européenne nous a permis, tout d'abord, d'avoir du temps pour étudier les réponses des plantes et du sol face au changement climatique sur des sites isolés. Mettre les réponses des écosystèmes aux changements climatiques dans le contexte plus large des gradients climatiques naturels nous a aidé à mieux comprendre les réponses observées des plantes et des sols."

Le Professeur Clauss Beier, chef du Département des Géosciences et de Gestion des Ressources Naturelles au Danemark, et co-auteur de l'article, ajoute que : "l'étude souligne et illustre une compréhension nouvelle et fondamentale concernant la réponse des écosystèmes au changement climatique. En menant la même expérience dans différentes conditions d'humidité et de température à travers le continent européen, il est devenu clair et évident que la pression des facteurs de changement climatique agissent différemment, et parfois même à l'opposé, selon les conditions. Ces différences sont importantes pour notre évaluation globale des futures réponses écosystémiques au changement climatique, mais l'étude montre aussi qu'elles peuvent être comprises et, dans une certaine mesure, prédites"

Selon le Dr Marc Estiarte, chercheur au centre de recherche espagnol CREAF-CSIC et co-auteur de l'article, "contrairement aux sols, la diminution des précipitations n'a pas été une menace pour la productivité des plantes sur les sites humides, et sur les sites plus secs, les plantes résistent proportionnellement plus que celles des sites intermédiaires, dont la productivité au-dessus du sol est plus sensible. Cela illustre la différence claire dans la sensibilité des sols comparée à celle des plantes à travers le gradient climatique".

 Le Professeur Bridget Emmett, du Soil Science Area et chef de site au Centre pour l'Ecologie et l'Hydrologie, Bangor ajoute que "Ces résultats mettent l'accent sur la sensibilité des processus des sols, telle que la respiration du sol, face au changement environnemental. Cette sensibilité dans les systèmes humides, combinée à un découplage venant de la productivité végétale, représente un potentiel important de rétroaction dans l'atmosphère qui pourrait conduire à une augmentation des niveaux de carbone atmosphérique".

L'étude a considéré les réponses des plantes et du sol face à la sécheresse et au réchauffement uniquement dans les zones arbustives européennes. Il y a plusieurs biomes dans le monde où les plantes et le sol peuvent répondre différemment au changement climatique.
Comprendre les réponses des plantes et des sols dans les autres biomes permettra de mieux comprendre le changement climatique et ses effets sur les interactions globales entre les plantes et les sols et les retombées sur le climat.


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jeudi 2 mars 2017

En Inde, les politiques doivent viser à renforcer les capacités des sols et non à promouvoir les produits agrochimiques

Stopper la dégradation des sols et les faire revivre, et gérer les déchets pour prévenir la contamination de ces sols, ont fait parti des thèmes récurrents lors de la Conférence Nationale sur les Sols en Inde (National Conference on India’s Soils).

La conférence a rassemblé trois importantes parties prenantes dans la gestion de la santé des sols en Inde: les scientifiques, les responsables politiques et les professionnels.

En Inde, les politiques doivent viser à renforcer les capacités des sols et non à promouvoir les produits agrochimiques
Dans de nombreux états, entre 40 et 80% des terres sont classées comme dégradées sous une forme ou une autre. Credit: CIAT / Flicker 

La dégradation continue des ressources naturelles en Inde a été le principal facteur déclenchant l'organisation de cette conférence. L'objectif était de comprendre et d'inverser les dégradations actuelles des sols en Inde avec un accent particulier sur les petites et moyennes exploitations agricoles.


L'actuel paradoxe politique


D'après un rapport de 2010 de l'Académie National des Sciences Agricoles, 120 million d'hectares (38% de la superficie totale) de terres en Inde sont dégradées. De plus, dans de nombreux états, entre 40 et 80% de la superficie des terres sont classées comme dégradées sous une forme ou une autre.
Une mauvaise gestion des terres et de l'eau, associée aux intrants agrochimiques amplifient le problème.

Malgré cela, le montant des subventions aux engrais chimiques a progressé exponentiellement au cours des trois dernières décennies: de 60 crore en 1976-977 (1 crore = 30 millions de roupies) à 70.000 crore en 2016-17.

D'après la note conceptuelle sur la conférence, "la subvention des nutriments à base de produits chimiques a contourné la crise fondamentale que connaissent les sols de l'Inde"

Les décideurs politiques, d'après la note conceptuelle, n'ont pas été capables de s'appuyer sur la nature bio-dynamique et vivante des sols. La dimension hydrologique des sols a aussi été ignorée.


Rénover la santé des sols.


Amar KJR Nayak de l'Université Xavier, Bhubaneswar, a suggéré de passer progressivement des semences exotiques aux graines indigènes et de se concentrer sur l'humidité in-situ plutôt que l'humidité extérieure.

Suite à une expérience sur une ferme d'un hectare, lui et son équipe ont réussi à conserver près de 100000 lites d'eau tout  au long de l'année à travers un système de verrouillage de l'eau.
M.. Palinisamy de la Fondation Dhan a démontré comme l'humidité des sols peut être améliorée grâce à des citernes.


La contamination des sols


L'ordonnance du NGT (National Green Tribunal - Tribunal Vert National) du 2 Février 2017 déclare clairement "déformées" les règles de gestion des déchets, ce qui favorise la combustion de la biomasse.

Gopal Krishna de ToxicsWatch a dit que "les déchets en Inde ont une forte teneur en éléments nutritifs qui peuvent améliorer la santé des sols. Ils contiennent aussi beaucoup d'humidité, ce qui les rend impropres à la combustion".

Signalant "l'abondance des preuves scientifiques" qui montrent que l'incinération non scientifique des mélanges de déchets solides entrainent la contamination des sols et de la végétation locale, Krishna ajoute que "C'est à cause de l'anarchie environnementale que nous continuons de nous concentrer sur la maximisation des déchets et non sur la minimisation"

Concernant la contamination des sols par les pesticides, Dileep Kumar de Pesticide Action Network, insiste sur le fait que sur les 40 pesticides recommandés par le gouvernement, 26 sont très dangereux.

Préoccupé par le fait que seulement un pour cent des pesticides atteignent effectivement la cible et que le reste tue l'organisme non ciblé, Kumar dit qu' "il est prouvé qu'environ 81 pesticides causent des perturbations endocriniennes et que 56 pesticides sont cancérogènes. Même dans les sols, ces pesticides ralentissent les activités des enzymes et provoquent une baisse de la santé des nutriments";

Jagadananada, ancien commissaire à l'information de l'état d'Odisha, résume l'évènement de la journée ainsi: "Je pense que nous avons besoin d'un nouveau cadre et d'un nouveau discours sur la gestion de l'humidité, et une transition graduelle vers l'agroécologie. En plus de traiter la santé des sols comme un bien public, nous devons resituer la science dans le contexte local."

 Soulignant l'objet de ce rassemblement, Rajeshwari Raina de l'Université Shiv Nadar, ajoute que "Nous devons réfléchir sur la manière de créer une synergie entre la connaissance, les politiques et les pratiques, afin que nous puissions faire un effort intégré pour mettre en place des systèmes de sols sains et durables."


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