Pourquoi nos potagers sont dix fois plus productifs que les exploitations agricoles

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, les anglais furent encouragés à "Creuser pour la Victoire", les gens devaient utiliser chaque morceau de terrain qu'ils avaient pour y faire pousser des légumes. Les parcelles de jardins potagers proliféraient et leur demande atteignait des sommets. La production locale permit ainsi aux agriculteurs de se concentrer sur les céréales et la production laitière, des activités mal adaptées à de petites parcelles urbaines.






Quelle fut donc la contribution des efforts de production locale au régime alimentaire national ?


Voici les statistiques: pendant la Seconde Guerre Mondiale, les potagers et jardins ont fourni 10% de la nourriture consommée au Royaume-Uni grâce à la campagne "Creuser pour la Victoire" tout en ne constituant que mois de 1% des terres arables.

Bien sûr, on peut faire valoir que l'agriculture est devenue plus efficace après la guerre. Et effectivement, avec la "révolution verte" des années 50 et 60 et ses intrants intensifs, ses pesticides et ses variétés à haut rendement, l'efficacité des exploitations agricoles a augmenté, notamment avec le blé a qui donné des rendements jamais vus jusque là puisqu'il a été multiplié jusqu'à 7...

Cependant, il s'avère que l'agriculture intensive n'atteint pas les niveaux possibles avec les jardins familiaux et potagers. De récentes études menés par la Royal Horticultural Society et le magazine Which ? ont montré que les fruits et légumes des potagers ont un rendement de 31 à 40 tonnes par hectare et par an (Tomkins 2006), 4 à 11 fois la productivité des principales cultures agricoles dans la région du Leicestershire (DEFRA 2013) !


Comment est-il donc possible que les parcelles de légumes à faible technologie dépassent les exploitations mécanisées modernes ?


Voici deux éléments de réponses:

1 - La biodiversité: au cours d'une conférence, Vandana Shiva, activiste environnementale indienne et auteur anti-globalisation, a parlé de la dominance de l'agriculture commerciale internationale dans le dialogue global autour de la sécurité alimentaire. Quand les statistiques internationales parlent de "rendement", cela fait généralement référence à la production par unité et par zone d'une seule culture. Or, une telle mesure est forcément biaisée lorsque l'on fait référence à la production de mono-cultures.

La "productivité", d'un autre coté, mesure la production totale de cultures mixtes par unité de surface. Les jardins familiaux et potagers mélangent plusieurs cultures dans le même espace, ce qui réduit le "rendement" de chaque culture, mais par contre augmente la "productivité" totale.

Shiva explique ainsi: "Qui nourrit le monde ? Ma réponse est très différente de celle donnée par la plupart des gens. Ce sont les femmes et les petits fermiers travaillant avec la biodiversité qui sont les principaux fournisseurs de nourriture dans le Tiers Monde; et contrairement à l'hypothèse dominante, leurs petites exploitations basées sur la biodiversité sont plus productives que les monocultures industrielles."
Ces petites exploitations sont non seulement plus productives, mais elles fournissent une plus grande variété de nourriture, avec une meilleure gamme de nutriments, vitamines et minéraux que les exploitations commerciales.

Parmi les scientifiques, les responsables politiques, les médias et le public, il y a une prise de conscience croissante des bénéfices multiples à "faire pousser soi-même": on a accès à des produits frais et nutritifs, moins de stress, une amélioration du bien-être psychologique et de la condition physique.

2 - La fertilité des sols

 D'après un rapport paru dans Journal of Applied Ecology intitulé “Urban cultivation in allotments maintains soil qualities adversely affected by conventional agriculture” (La culture urbaine dans les potagers maintien la qualité des sols alors qu'elle est affectée par l'agriculture conventionnelle).
La fertilité des sols y est ainsi comparé entre les potagers, jardins, et exploitations agricoles et fermes pastorales dans les Midlands.
En résumé, ils ont trouvé au total des niveaux d'azote et de carbone supérieurs et des sols moins compacts dans les potagers et jardins familiaux que dans les exploitations agricoles. 

Voici, ici les graphiques de leurs découvertes: 



(a) Densité de carbone organique des sols; (b) Densité d'azote des sols; (c) Ratio C/A des sols; (d) Densité des sols. Urban Allotment: potager; Pasture: pâturage; Arable: terres cultivées

Comme on peut le voir, le sol dans les potagers urbains sont supérieurs aux exploitations agricoles dans chaque catégorie. Les auteurs décrivent que la plupart des avantages observés dans les potagers sont dus au compostage sur place et à l'ajout de fumier.

De plus, le labour, qui est une pratique essentielle uniquement dans le cas des productions de culture arable, détruit petit à petit les réserves de carbone dans le sol en l'exposant à l'oxygène qui convertit rapidement la matière organique du sol en dioxyde de carbone rejeté dans l'atmosphère. "Les pratiques agricoles modernes ont dégradé la capital naturel des sols, ce qui a de profondes implications dans la perte des fournitures des services écosystémiques; cela comprend la réduction de la stabilité structurelle, de la capacité de stockage de l'eau et des nutriments, et une diminution de la régulation de la minéralisation de l'azote et de son approvisionnement vers les plantes" explique l'article.

les jardiniers et agriculteurs biologiques disent depuis longtemps que les fertilisant organiques naturels "construisent le sol", en contraste avec les engrais chimiques qui fournissent de l'azote soluble qui disparait facilement du sol, avec comme effet secondaire de polluer les cours d'eau.

En appliquant des engrais artificiels les niveaux de carbone dans le sol peuvent encore diminuer en raison du manque de matière organique et réduire l'activité microbienne de ces sols....

L'agriculture du Royaume Uni s'est engagée à essayer de réduire son empreinte carbone, un procédé qui peut avoir un immense impact sur la réalisation des objectifs nationaux étant donné que les sols sont potentiellement d'importants puits de carbone. Par exemple, juste 0.1% d'augmentation des niveaux de carbone dans les sols agricoles pourrait accroître la séquestration annuelle de carbone de 8.9 tonnes de CO2 par hectare !


Qu'en est-il des pâturages ?

Le carbone du sol dans les graphiques ci-dessus ne concerne que les potagers et exploitations agricole. Or, ce n'est que la moitié de l'histoire...

Typiquement, une grande partie des pâturages des plaines du Royaume-Uni sont gérés en rotation avec les terres arables. 

Aussi, les pâturages permanents devraient avoir des niveaux de carbone encore plus élevés que ceux indiqués dans le graphique. De plus les paysages arables offrent moins d'agréments et de services environnementaux que les paysages pastoraux.

Le pâturage a le sol le moins compacté (plus de racines vivaces, de vers et autres habitants des sols), tout en ayant des niveaux d'azote semblables aux potagers. Cela les places nettement devant pour les cultures arables en terme de qualité de sol et tous les services environnementaux qui y sont associés (rétention d'eau, séquestration du CO2...).

En outre, ce qui élève encore son intérêt, est qu'il y a besoin de très peu d'intrants. Les potagers ont besoin de compost, de fumier et de beaucoup d'interventions humaines...

La faible productivité des pâturages permanents comparée aux potagers et jardins familiaux est comblée par ces intrants réduits en matériaux et en travail. Nous ne devons pas oublier l'aspect d'agrément du pâturage: marcher dans une campagne pastorale est infiniment plus agréable que de naviguer dans le désert sans âme d'un champ de blé.

 
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