jeudi 24 novembre 2016

Le carbone du sol ne peut résoudre le changement climatique... mais il fait partie de la solution

Une étude publiée récemment dans le journal Science estime que le sol en lui-même ne peut permettre de nous sauver du changement climatique. Cependant, l'analyse ne remet pas en cause l'importance de mieux comprendre, protéger et séquestrer le carbone dans les sols.

Le carbone du sol ne peut résoudre le changement climatique... mais il fait partie de la solution




En fait, ces découvertes renforcent le besoin d'une science de la séquestration du carbone dans les sols et l'action reste prioritaire, spécialement lorsqu'on en vient à l'agriculture.

Le résumé de l'étude: des scientifiques de l'Université de Californie ont utilisé 1 mètre d'échantillons de sols profonds provenant de 157 lieux dans le monde; ils ont été analysés avec des méthodes de datation carbone sophistiquées pour voir la façon dont le carbone du sol est représenté dans certains des meilleurs systèmes de modélisation de la Terre.

Ils ont découvert que les modèles ont pu surestimer la quantité de carbone susceptible d'être stockée dans les sols face au changement climatique, en particulier en réponse à l'effet fertilisant de l'augmentation du CO2 (l'effet des concentrations plus élevées de CO2 atmosphérique sur la croissance des plantes).

Ces découvertes suggèrent que le niveau du carbone piégé dans le sol qui doit être disponible assez vite pour atténuer efficacement le changement climatique se révèle être inférieur aux estimations précédentes (quelque part entre 5.9% et 87%). Les chercheurs concluent que les modèles ont besoin de représenter le niveau de carbone dans les sols de manière plus précise lorsque l'on veut faire des simulations de changement climatique. Ils soulignent aussi l'importance des stratégies de réduction des émissions.


En fait, qu'est-ce que cela signifie ?


Si vous vous interrogez sur les implications de l'étude pour les stocks de carbone des sols, le changement climatique et l'agriculture, voici ce qu'il faut savoir:

Comme ils l'ont écrit, nous sommes bien au-delà de l'étape où nous pouvons choisir entre la réduction des émissions ou l'augmentation de la séquestration du carbone.. Nous devons agir sur les deux, et vite.

Pour revenir aux fondamentaux, il y a beaucoup de carbone dans l'atmosphère (comme le CO² , principal coupable du changement climatique aujourd'hui), mais il y a en bien plus dans les sols. Si vous connaissez "l'agriculture à faible intensité de carbone", vous savez que cette gestion du cycle du carbone suscite beaucoup d'enthousiasme. Puisque les plantes absorbent du CO2 et renvoient le carbone dans le sol, il y a un mouvement constant entre ceux deux "réservoirs". Comme le réservoir du sol est immense, de petits changements dans le carbone du sol peuvent signifier de relativement grands changement dans le carbone atmosphérique. C'est bien si le carbone du sol augmente, mais inquiétant s'il diminue. En tout cas, comprendre le carbone du sol est l'une des clés de la solution au changement climatique.

La quantité de carbone dans les sols est modifiée par la nature et les hommes. Bien que tous les atomes de carbone soient créés égaux, la vie de chacun d'eux dépend  beaucoup des circonstances.
Dans la nouvelle étude, les scientifiques ont utilisé les scénarios de modélisation climatique habituels pour essayer de mieux comprendre combien de carbone pourrait être absorbé par les sols dans cet avenir. Comme ils le décrivent, un résultat naturel de l'augmentation du CO² atmosphérique est que cela stimule la croissance des plantes,ce qui renforce le carbone dans le sol. Mais une autre réponse (concurrente) est que les températures plus chaudes accélèrent la décomposition (un peu comme les fruits et légumes qui s'abiment plus vite lorsqu'ils ne sont pas au frigo). L'équilibre de ces processus doivent donc être bien représentés dans les modèles pour des prévisions précises, or les modèles d'aujourd'hui contiennent encore beaucoup d'incertitudes.

Une chose qui est importante de se rappeler, cependant, est que le carbone du sol est aussi affecté par les hommes et par leur gestion. Cet aspect du cycle du carbone n'était pas au centre de cette étude, et le potentiel réel de gestion pour augmenter le carbone du sol n'est probablement pas reflété par les échantillons historiques de sol  et les modèles à grande échelle qui ont été utilisés. Bien que l'on ne connaisse pas encore tout le potentiel d'accroissement de l'absorption du carbone du sol par la gestion des sols, c'est une zone de recherche active.

Nous avons besoin de plus de science, de plus de pratique et de plus de politique pour aider à construire des sols sains.


De manière critique, pour les fermiers et les consommateurs, le carbone du sol est tout simplement important. Les sols riches en carbone sont plutôt des sols sains, donc plutôt résilients face au sècheresses, inondations et autres évènements extrêmes (que l'on s'attend à voir plus souvent et plus durement avec le changement climatique). Donc, que des mesures d'atténuation substantielles à travers le carbone du sol soient sur la table ou pas, les sols riches en carbone doivent faire partie de la stratégie d'adaptation au changement climatique.

En parlant de cela, les agriculteurs qui intègrent des pratiques qui améliorent le carbone du sol et la santé du sol, réduisent souvent les émissions. C'est parque la construction du carbone dans les sols est souvent réalisée par des pratiques agricoles saines et des connaissance en agroécologie, ce qui permet de réduire les intrants comme les combustibles fossiles et les produits chimiques (fertilisants, pesticides).

Nous avons besoin de plus de science, de plus de pratique et de plus de politique pour aider à construire des sols sains. Des études comme celle-ci sont essentielles à une approche réaliste, une compréhension scientifique du cycle du carbone et du rôle potentiel des sols, et pour identifier les stratégies les plus prometteuses pour combattre le changement climatique.

Alors que la nouvelle recherche suggère que le sol  pourrait ne pas absorber autant de carbone que le suggéraient les projections de modélisation à grande échelle, les découvertes n'indiquent pas que la science du séquestrage du carbone dans le sol devrait avoir une moindre priorité. Au contraire, ce travail réitère l'importance des stratégies agressives pour réduire à la fois les émissions de carburant fossiles et encourager la séquestration du carbone dans le sol pour une foule de raisons: la sécurité alimentaire entre autre.



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